Montréal reste un centre de la mode. Outre des designers talentueux, elle compte sur des commerçants astucieux et des fabricants qui refusent de lancer la serviette.
Que portez-vous aujourd’hui ? Un habit ou un tailleur fabriqué ici ou dans un autre pays ? Acheté d’une entreprise canadienne ou d’ailleurs ? Vos différentes réponses traduisent l’état d’un marché plus fragmenté et plus
complexe qu’il n’en a l’air. Si vous vous donnez la peine de regarder où sont fabriqués vos
vêtements, vous constaterez aussi que le
Canada, et en particulier Montréal, n’a pas dit son dernier mot dans cette industrie qu’on qualifie pourtant de moribonde chez nous.
Commençons par une virée dans les centres commerciaux et sur la rue Sainte-Catherine.
À côté des Wal-Mart et Sears, absents au centre-
ville, vous trouverez aussi des magasins Zara, Gap, Banana Republic, H&M, BCBG, Mexx ou Esprit. Ces bannières américaines, européennes
ou asiatique (Esprit) sont présentes chez nous, mais elles affrontent de fiers concurrents
canadiens. Chaque fois que vous achetez dans
un magasin Jacob, Tristan, Dynamite, Garage,
Marie-Claire, San Francisco, Terra Nostra,
Simons, Le Château, Reitmans, Smart Set,
Parasuco, Historia, Bedo ou Ernest, vous
encouragez des entrepreneurs québécois. Moores, Holt Renfrew, Harry Rosen, Roots, Tilley Endurables, Lululemon et Suzy Shier sont d’autres chaînes canadiennes.
Sur le nombre, net avantage donc aux
bannières canadiennes. Or, même en ignorant Wal-Mart et Sears, on se rend compte que les concurrents étrangers sont gigantesques par rapport aux groupes locaux. Inditex, maison-mère de Zara, fait 10 fois la taille de Reitmans,
le groupe canadien le plus important avec sept bannières et des ventes de 1 milliard de dollars. Zara est présente dans 73 pays et dispose d’une force de frappe que n’ont pas les Jacob, Tristan ou Marie-Claire.
Le combat n’est pas perdu pour autant. Les chaînes locales jouissent d’avantages logistiques
et connaissent très bien leurs clients. Elles peuvent mener une sacrée bataille pourvu qu’elles aient les moyens de leurs ambitions.
Le plus bel exemple est sans doute la montréalaise Aldo, la Zara ou la H&M de la
chaussure. L’entreprise fondée en 1964 par Aldo Bensadoun compte aujourd’hui 1 400 magasins de chaussures dans 48 pays.
L’espagnole Inditex livre à sa grande ennemie suédoise H&M une bataille épique sur presque tous les continents. C’est une guerre dont on peut beaucoup apprendre au Québec. H&M fait fabriquer ses vêtements par quelque 700 fournisseurs indépendants, la plupart situés en Asie. Zara fabrique elle-même les deux tiers des produits qu’elle commercialise. Ses usines sont situées en Espagne et au Portugal, au cœur de son principal marché. Alors que H&M met trois mois entre le design d’un vêtement et sa mise en boutique, Zara réussit le tour de force de concevoir, de dessiner, de fabriquer un vêtement et d’approvisionner ses magasins dans un délai de deux à trois semaines.
Cette rapidité permet à Zara de saisir au vol l’idée d’une grande maison de couture et d’offrir un produit semblable dans le temps de le dire alors que son concurrent doit dépenser davantage en s’associant avec des designers célèbres comme Karl Lagerfeld et Stella
McCartney ou des vedettes comme Madonna pour offrir un produit exclusif.
Produire localement présente d’autres avantages. L’encombrement des ports du Pacifique et la hausse du prix du pétrole pourraient
favoriser une renaissance de la confection à Montréal, qui reste malgré tout le troisième centre de production en importance en
Amérique du Nord, aux côtés de Los Angeles et New York.
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