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  • Marie-Andrée Boutin, vice-présidente, Immobilier et planification des magasins, Aldo

    « Aldo est une compagnie qui ne se satisfait jamais du résultat. It is never enough, ça c’est Aldo. Pour être en mesure de travailler dans une telle entreprise, ça demande une personne qui est toujours capable de se pousser plus loin, sans que personne ait à lui demander. »

    Cette citation est sans doute la meilleure définition d’elle-même que pouvait nous donner Marie-Andrée Boutin. En charge du développement immobilier chez Aldo depuis 17 ans, cette femme est une véritable dynamo : l’énergie qu’elle dégage est contagieuse et son contact électrisant !

    À 50 ans, Marie-Andrée Boutin est en pleine possession de ses moyens. Peu de personnes peuvent se targuer d’avoir une expérience aussi vaste que la sienne au Canada. Sûre d’elle, sans être arrogante, celle que l’on a déjà surnommée la tornade blonde adore son métier. « L’immobilier m’a toujours intéressée, en fait je suis née dans ça. Mon père a développé une grande partie de Pointe-aux-Trembles. Il a déménagé 13 000 familles de Montréal vers Pointe-aux-Trembles en développant des terrains, des maisons, des centres commerciaux. Alors, depuis que je suis toute petite que j’entends parler de développement immobilier. Ça m’a toujours donné envie de faire ça. »

    Prendre sa place

    Marie-Andrée Boutin transformera cette envie en réalité. Bac en administration en poche, la jeune femme décroche son premier emploi dans le secteur auprès de la chaîne de détaillants Dylex. Pressée et ambitieuse, elle s’aperçoit très vite que pour accéder à des postes de direction, elle a besoin d’un MBA. Bien qu’elle soit déjà mère d’un premier enfant, Marie-Andrée Boutin plonge et s’inscrit à la maîtrise en administration des affaires de l’Université Concordia. Elle fera son MBA tout en étant enceinte de son fils. Rien n’est à son épreuve.

    À 24 ans, mère de deux enfants, un de trois ans et l’autre d’un an, notre diplômée est embauchée chez Provigo, dans le service du développement immobilier, où elle est responsable des bannières Maxi et Héritage. Elle doit notamment faire de l’assemblage de terrains et s’occuper du dézonage pour être capable d’implanter ces grandes surfaces.

    « Ça demandait beaucoup de négociation parce qu’il y avait plusieurs personnes qui n’étaient pas à l’aise avec l’arrivée des supermarchés. Il fallait réussir à comprendre les enjeux de tout le monde et les amener sur la même page, comme on dit. À l’époque, c’était un milieu très dynamique. Provigo était alors dirigée par Pierre Lortie, un leader charismatique qui essayait de diversifier l’entreprise. On était dans un mode de développement très actif. J’aurais beaucoup de difficulté à travailler dans une entreprise où il n’y a pas de défis quotidiens auxquels il faut faire face. »

    C’est beau d’aimer les défis, il n’en demeure pas moins que notre jeune maman s’en met beaucoup sur les épaules. Comment réussit-elle à concilier sa vie de mère et de professionnelle dans un domaine alors essentiellement masculin ?

    « Quand j’ai commencé ma carrière, le fait d’être une femme n’était pas un handicap à mes yeux. J’ai été très encouragée par mon père à faire ma place, ça m’a donné une énorme confiance en partant. J’avais une confiance aveugle en moi et en ce que j’étais capable de faire. Je pense que lorsqu’on a ça, ça nous aide à livrer les résultats. Et quand on livre les résultats, on pourrait être un homme, une femme, blanche, noire, mauve, on est reconnue pour ce qu’on fait. »

    Marie-Andrée Boutin admet cependant qu’on ne lui a pas toujours rendu la vie facile. Certains auraient bien aimé la voir trébucher.

    « J’ai fait face à des choses difficiles ; particulièrement chez Provigo où j’ai dû faire face à une culture un peu machiste. J’ai eu des hommes qui savaient pertinemment bien que j’avais de jeunes enfants et qui organisaient exprès des meetings à 7 h 30 le matin. »

    Marie-Andrée Blondin ne se laisse pas démonter pour autant. Face à de telles mesquineries, elle prend le taureau par les cornes et recrute une femme qui l’épaulera dans son rôle de mère. Une femme qui travaillera durant 15 ans pour elle et qui s’occupera de ses enfants quand sa carrière ne lui permettra pas de le faire.

    « Je voulais démontrer très vite aux hommes que j’étais décidée à réussir dans ce milieu-là. Moi, je n’aurais pas été heureuse si je n’avais pas eu la possibilité de m’épanouir tant au niveau de ma carrière qu’à la maison. Je dois avouer que mes enfants n’ont pas toujours trouvé ça facile. Il n’y avait pas beaucoup de mamans à l’époque qui travaillaient dans un poste de cadre et travaillaient autant d’heures. Un jour qu’il était grippé, mon fils m’a reproché de ne pas être une vraie mère ! Cela dit, nous sommes très proches aujourd’hui. »

    De Steinberg à Cadillac Fairview

    Avec une telle détermination, Marie-Andrée Boutin ne tarde pas à se faire un nom dans le secteur immobilier. Trois ans après son entrée chez Provigo, voilà que Steinberg lui fait un appel du pied. L’entreprise traverse une période trouble et veut se départir de sa bannière Miracle Mart. C’est le mandat que l’on confie à la nouvelle arrivée. « Je me suis retrouvée dans un rôle de rationalisation d’actifs. Je devais prendre les baux de Miracle Mart qui étaient à l’intérieur de centres d’achat et les négocier avec les propriétaires des centres pour trouver à quel montant d’argent on était prêt à leur remettre l’espace en question. Je passais ainsi du développement à la rationalisation. L’immobilier c’est très large, les gens ne se rendent pas compte. »

    Malgré les efforts déployés et l’arrivée de Michel Gaucher à la tête de Steinberg, à la suite de l’acquisition des actifs immobiliers par la Caisse de dépôt et placement du Québec, l’entreprise devra se résoudre à la faillite. En tant que responsable de la rationalisation d’actifs, Marie-Andrée Blondin a vécu cette chute jusqu’à la fin. Une expérience qui l’a profondément marquée et dont elle a tiré de précieuses leçons. « On n’est jamais trop gros pour prendre de mauvaises décisions. Il faut toujours être vigilant. Je pense que dans n’importe quelle transaction, immobilière ou autre, il est primordial d’avoir un plan B. »

    Notre star montante n’aura pas beaucoup de temps pour digérer l’effondrement de Steinberg. Elle est rapidement appelée par le géant de l’immobilier Cadillac Fairview. Marie-Andrée Boutin passe ainsi du côté des propriétaires pour la première fois. On lui confie l’expansion des Promenades Saint-Bruno, du Carrefour Laval et de la Place Montréal Trust. Déjà costauds, ces mandats seront encore plus difficiles à réaliser en raison de la conjoncture économique. « Je suis arrivée en 1991, en pleine récession. Le travail n’était vraiment pas facile. Les détaillants avaient les pieds sur les freins. Il fallait être très créatif pour louer les espaces. La Place Montréal Trust était particulièrement problématique. »

    Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, notre experte en immobilier s’estime chanceuse d’avoir eu à traverser de telles embûches. On apprend davantage dans l’adversité dira-t-elle et les liens créés lors de négociations ardues demeurent serrés, longtemps après. Vous l’aurez deviné, Marie-Andrée Boutin adore négocier.

    « Je suis une négociatrice qui aime beaucoup les gens, qui est très déterminée, qui a beaucoup de focus sur ce que je veux aller chercher, mais qui est prête à un peu de conciliation. J’ai une vision qu’une relation est rarement pour une seule fois. » Les difficultés des débuts ne l’empêchent pas de prendre goût à son rôle chez Cadillac Fairview. Elle aime chercher quel détaillant est le plus performant pour un espace donné, identifier la catégorie à favoriser pour combler les lacunes à l’intérieur du mail et déterminer le montant optimal du loyer pour maximiser les revenus à long terme.

    « Équilibrer un centre commercial, c’est fascinant. On bâtit notre plan de marchandisage, comme on bâtit un casse-tête. Une fois le plan terminé, on le présente à la direction pour obtenir leur feu vert. Il s’agit ensuite d’exécuter ce qu’on a développé. »

    L’expérience Aldo

    Le changement frappera à sa porte à nouveau en 1996. Cette fois, c’est le détaillant de chaussures Aldo qui s’intéresse à son expertise. L’entreprise amorce son expansion aux États-Unis et a besoin de quelqu’un pour s’occuper du développement canadien. C’est David, le fils du fondateur de l’entreprise montréalaise, qui fait les premières approches. La conversation ne durera qu’une quinzaine de minutes. C’est après qu’elle rencontrera Aldo Bensadoun, celui qui est l’origine de ce qui est aujourd’hui un véritable empire, sans doute l’un des plus importants designers et détaillants de chaussures au monde.

    « Nous avons parlé environ une heure. Curieux de savoir si j’avais des enfants, mais sans oser s’en enquérir directement, il m’a demandé pour combien de personnes je cuisinais. J’avais très bien compris le sens de sa question et je lui ai répondu du tac au tac que j’étais très bien organisée. J’ai commencé à travailler chez Aldo une semaine plus tard. Cela fait 17 ans de ça et les défis n’ont jamais cessé. »

    Au développement du marché canadien se sont rapidement ajoutés le portefeuille américain et ensuite celui du reste du monde. L’expansion immobilière d’Aldo est passée, sous la gouverne de Marie-Andrée Boutin, de 400 à 1 000 magasins au Canada, aux États-Unis, en Angleterre, en Irlande et en Norvège.

    Notre spécialiste nous explique que peu importe l’endroit où l’on négocie dans le monde, la mécanique financière est la même. Il faut cependant s’ajuster à des lois et des marchés différents. « Aux États-Unis, il y a plusieurs clauses pour protéger le détaillant, mais qui n’existent pas au Canada. En Angleterre, c’est une autre histoire. Il faut prendre le temps de bien comprendre les mentalités. Les propriétaires là-bas le sont depuis 500 à 600 ans. Il faut s’ajuster, on ne les fera pas changer. »

    Comme le rythme de développement des magasins corporatifs s’est atténué avec le temps, Marie-Andrée Boutin a accepté sans hésiter l’offre de développer le portefeuille immobilier qui appartient à la famille Bensadoun. Un nouveau défi qui suscite chez elle beaucoup d’enthousiasme. « J’ai beaucoup d’énergie, je me sens à l’aise dans des milieux où je dois me surpasser. »

    Aujourd’hui grand-mère de deux petits-enfants, Marie-Andrée Boutin convient qu’il faut se ressourcer. Les voyages en famille sont pour elle une véritable oasis. Cela dit, il semble difficile de l’arrêter complètement. « Même en vacances, j’ai plein d’idées, mon cerveau tourne tout le temps. Je prends des notes au bord de la plage. Je me repose du stress quotidien, mais j’ai la tête qui foisonne d’idées. »

    Sans surprise, notre hyperactive ne voit pas le moment où elle va ralentir. Elle trouve cependant du temps pour lire. Une façon pour elle de s’évader. La sociologue Élisabeth Badinter, l’économiste Jacques Attali, la poète Erica Young sont parmi ses auteurs préférés.

    Elle aime aussi se plonger dans les biographies de personnages plus grands que nature. Des gens inspirants qui, comme Gandhi ou Nelson Mandela, ont contribué à changer le cours de l’histoire.

    Sans bien sûr la comparer à ces monstres sacrés, Marie-Andrée Boutin est aussi une femme exceptionnelle. Son parcours est époustouflant. Elle respire l’assurance des gens conscients de leur potentiel. On imagine évidemment que celui qui l’a initiée toute jeune à l’immobilier doit être immensément fier. L’évocation de son père l’ébranle. Ce n’était pas l’effet recherché. Les yeux voilés de larmes, Marie-Andrée Boutin nous dit que l’auteur de ses jours est mort, il y a une dizaine d’années. Elle peut se consoler en se disant qu’il a eu le temps de voir éclore l’immense talent de sa fille. Un talent dont la source n’est pas à la veille de se tarir.

    Article paru dans le numéro juin-juillet 2012, spécial Immobilier commercial

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    1 Commentaire

    • iron-man

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