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  • Louise Otis, presidente du tribunal administratif, OCDE

    Impressionnée. Comment ne pas l’être, en découvrant la biographie de cette médiateure que se disputent les plus grandes instances internationales ? Ancienne juge à la Cour d’appel, actuelle présidente du tribunal administratif de l’OCDE, elle a implanté un système de médiation révolutionnaire chez les juges, reproduit depuis dans le reste du monde, et a réformé le système judiciaire de l’ONU, du FMI et de la Banque mondiale ...pour ne nommer que cela ! Pourtant, c’est une femme d’une grande simplicité qui m’accueille avec chaleur et partage son parcours avec beaucoup de générosité.

    Née à Matane, elle est la dernière et seule fille d’une famille de six garçons. Son père, travailleur forestier, part neuf mois par année dans les forêts de la Côte-Nord. Sans instruction, mais doté d’une grande curiosité intellectuelle, il emporte toujours avec lui une section de l’encyclopédie. À son retour, il passe de longues heures à raconter autour de la table tout ce qu’il a appris sur le Nigéria, s’il est parti avec la lettre "N" de l’alphabet. Pour se faire une place dans ce milieu familial masculin, Louise apprend très vite à maîtriser l’art de la rhétorique. C’est donc sans surprise qu’elle se dirige vers une carrière d’avocate.

    Avocate syndicaliste

    Après son Barreau, elle entre dans un petit cabinet de droit du travail. On est dans le Québec des années 70, l’époque des grands combats des travailleurs pour de meilleures condition de travail. Tout juste adopté en 1964, le code du travail laisse de nombreuses zones grises à explorer. « En grandissant, j’ai vu la vie des gagne-petit, des travailleurs non-couverts par une assurance collective qui, après un accident, ne pouvaient plus nourrir leur famille. Lorsque je suis arrivée dans le droit du travail pour les salariés, j’ai senti que j’étais chez moi. »

    Avec une passion totale, Louise va passer les quinze prochaines années à négocier les premières accréditations des travailleurs du secteur public et parapublic, des forêts et des communications et défendre les intérêts des grands syndicats comme la CSN et de la FTQ. Elle vit à un rythme effréné et avec une disponibilité totale de jour comme de nuit. Elle est aux côtés des ouvriers lors des grandes luttes syndicales qui ont marqué l’histoire québécoise. Elle n’hésite pas à apporter de la nourriture aux leaders emprisonnés lors des grands conflits du Front commun, ou à voler à la défense des travailleurs lors des saccages de la Baie-James, alors qu’elle est enceinte de huit mois. Même quand elle se retrouve mère monoparentale avec un fils âgé de sept mois, son implication ne diminue pas. Seule, sa famille étant restée en Gaspésie, elle peut compter sur le soutien de ses collègues avocats, mais surtout sur une santé de fer et une capacité à enchaîner les journées de 22h ! « Je rentrais chez moi m’occuper de mon fils, préparer mon contre-interrogatoire pendant qu’il était au lit, je le promenais dans l’appartement toute la nuit lorsqu’il faisait ses dents, avant de prendre une douche puis de retourner à la Cour », se remémore-t-elle.

    Tout bascule lorsqu’elle est nominée pour siéger à la Cour supérieure. L’avocate engagée doit céder la place à une juge neutre. Pour bien marquer son nouveau statut, elle invite tous les présidents des syndicats le jour de sa prestation de serment. « Dans ma tête, ce rite de passage a été très important, car c’était une transformation totale dans ma vie », évoque-t-elle, encore émue.

    La solitude du juge

    Cette transition ne se fait pas sans heurts. Louise souffre du changement de rythme et de l’isolement propre à sa nouvelle fonction. Le téléphone ne sonne plus. Elle mange seule. « Je me posais de sérieuses questions, je me demandais ce que je faisais là. C’était très difficile... j’ai même songé à quitter la magistrature ! », confie-t-elle. Finalement, le juge en chef lui donne la coordination de la Gaspésie, ce qui lui permet de retrouver le contact avec les gens. Ce nouvel équilibre lui permet d’apprécier les grandes réflexions sur des problèmes de droit complexes et de s’épanouir dans son nouveau rôle. Loin d’être rebutée par la dimension abstraite du droit, Louise s’en nourrit, notamment parce qu’elle n’oublie jamais d’y replacer l’humain au centre. « Dans seulement 5% des cas, nos jugements vont devenir des grands arrêts qui vont orienter la société ; 95% du temps, un juge va régler les problèmes concrets des individus. Il faut donc être humble. On est là pour servir la personne humaine d’abord et avant tout. »

    En 1993, après seulement trois ans, elle est appelée à siéger au plus haut tribunal du Québec, la Cour d’appel. Elle est alors l’une des plus jeunes femmes à y accéder. Mais là encore, elle doit s’adapter à un nouveau rythme. « Je pensais que la Cour supérieure, c’était l’isolement...là, j’entrais au monastère ! », confie-t-elle en riant.

    Une révolution judiciaire

    Pendant les premières années, elle doit rendre des jugements sur des décisions concernant aussi bien le droit criminel que le droit civil ou le droit familial. Ce dernier la préoccupe particulièrement. Consciente de l’importance fondamentale de l’accès à la justice pour le plus grand nombre, elle regarde, impuissante, ces citoyens qui n’hésitent pas à hypothéquer leur maison pour régler leur conflit devant la Cour. « Je me disais que cela n’avait pas de sens. C’était des problèmes qui auraient dû être réglés par des négociations à un autre échelon. » Pendant un an, elle mûrit sa réflexion. Un soir de Noël, alors qu’elle est seule, elle a une illumination : une médiation judiciaire portée par les juges eux-mêmes.

    « C’était une révolution dans la mission traditionnelle du juge. Il était un agent de solution des litiges, il pouvait devenir un agent pacificateur de la société. » Mais l’idée est loin de faire l’unanimité. « J’ai été perçue comme la personne qui voulait enlever le prestige de la magistrature », explique-t-elle. Face à la véritable fronde de tout le milieu, elle peut compter sur le précieux soutien de Pierre Michaud, juge en chef de la Cour d’appel, qui accepte de la laisser développer un projet-pilote. Seule à porter le projet, elle met les bouchées doubles.

    En collaboration avec des architectes, elle dessine la conception des pièces où doivent se dérouler les médiations. Elle place les parties en conflit autour de tables ovales roses qui se rejoignent presque. Afin de différencier le juge d’un médiateur privé, elle surélève celui-ci sur un petit podium. Elle établit ensuite qu’un juge médiateur ne pourra jamais entendre une cause si la médiation échoue et que lui seul pourra garder le dossier sous verrou dans son cabinet. Le greffe ignorera qu’il y a eu une médiation. Enfin, le projet de jugement ne circulera pas auprès du médiateur.

    « Les deux premières années ont été très difficiles sur le plan émotionnel, parce que la communauté n’était pas prête. Mais c’est grâce aux critiques dures, parfois injustes, mais aussi sensées et légitimes, que j’ai pu développer un outil solide. » Finalement, le programme devient permanent. Les juges, d’abord réfractaires, finissent par l’adopter. La Cour supérieure l’approche alors pour qu’elle développe un système de règlements à l’amiable similaire. Devant ce succès, son modèle de conciliation judiciaire devient rapidement une source d’inspiration au-delà des frontières québécoises, et au cours des années suivantes, Louise va former des cohortes de juges médiateurs partout au Canada. Puis, c’est au tour de la Belgique et de la France de faire appel à elle, et par la suite, Haïti, le Brésil, la Russie et la Chine.

    Réformer l’ONU

    C’est par le fruit du hasard que se produira ce qu’elle décrit comme le plus grand et le plus exaltant mandat de sa vie : la réforme du système de Justice administrative au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU). De passage au Québec, l’avocat et fonctionnaire pour l’ONU, André Sirois, capte une entrevue de Louise Otis à la radio. À son retour à New York, il parle de son programme de médiation unique au monde. À ce moment-là, l’ONU cherche un spécialiste en résolution de conflits pour faire partie du comité chargé de la réforme de la Justice administrative. En décembre 2006, elle reçoit une invitation du Secrétaire Général des Nations unies. Malgré ce grand honneur, elle n’est pas libérée de sa fonction de juge. Bien que ses collègues récupèrent une partie de ses dossiers, elle continuera de faire des allers-retours entre le Québec et les États-Unis, ratant plusieurs voyages organisés par l’ONU, notamment la visite du Tribnual international au Rwanda.

    Ce mandat est surtout pour elle l’occasion de faire une des rencontres qui marquera sa vie : Mary Gaudron, première femme juge de la Cour suprême d’Australie. « C’était un personnage. Une petite bonne femme qui doit mesurer 4’11’’, qui boit du vin blanc bouteille après bouteille, qui part en pleine réunion pour fumer une cigarette...mais qui est un vériable génie ! » Cela fait un mois que le comité se réunit. Un soir, elle se retrouve assise en face de Mary et elles se mettent à discuter. La chimie opère immédiatement entre les deux anciennes avocates syndicalistes. Ensemble, elles vont travailler jour et nuit pour créer un système judiciaire qui n’existe nulle part ailleurs. Louise imagine les contours d’un service d’ombudsman et de médiation, avec des juges volants qui se déplacent et un greffier pour entendre les causes. Mary conçoit un tribunal de première instance et un autre d’appel. « Elle a écrit les statuts et les lois des deux tribunaux en deux nuits. Je la vois encore écrire une loi seule, jusqu’à cinq heures du matin », se remémore-t-elle avec affection. Le comité soumet son rapport, et les recommandations sont pratiquement toutes mises en application. À son retour, elle est épuisée. « Mes proches m’ont dit que j’avais changé. J’ai cassée, j’étais à ma limite physique. » Un an après, en toute sérénité mais avec un peu de tristesse, elle annonce son départ de la Cour d’appel.

    L’art de la médiation

    L’Université McGill est la première à la contacter afin qu’elle donne les premiers cours de médiation-négociation. « Je dis souvent à mes étudiants : la médiation, c’est d’abord un art. Il faut avoir la capacité de lire très rapidement une salle et savoir à quel moment entrer dans la fissure qui vous est offerte. Enfin, il faut être ferme sur le sujet, doux avec la personne. »

    Après son rapport à l’ONU, son nom circule rapidement auprès des plus grandes instances internationales. L’OCDE en fait le plus grand arbitre de commerce international en la nommant présidente de son tribunal. L’Organisation internationale de la Francophonie et l’EUMETSAT, l’agence satellitaire européenne, l’invitent également à présider leur tribunal. Après le coup d’État à Haïti qui a chassé Aristide, elle passe quinze jours enfermée avec cinq autres personnes, surveillées par des Casques bleus, afin de redessiner un nouveau système de justice. Elle enchaîne depuis les grandes réformes de systèmes judiciaires dans des pays comme le Mali et au sein d’autres instances comme le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale.

    Lorsqu’on lui demande où elle trouve l’énergie pour accomplir autant de choses, elle confie : « Je ne l’ai jamais avoué à personne, même pas à moi-même. Mais j’ai travaillé sept jours par semaine pendant quarante ans, et j’ai toujours eu l’impression d’être paresseuse ! » Ce constat est à mettre en parallèle avec les deux qualités qu’elle admire et qu’elle incarne certainement le plus : l’humilité et la discrétion.

    Par Marine Thomas

    Article paru en juin, dans le numéro Droit

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