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  • Josée Dixon, Financière Sun Life

    Malgré un emploi du temps très chargé et plusieurs urgences qui l’attendent ce jour-là, Josée Dixon arrive dans la pièce avec un large sourire, s’excuse de son retard, mais me rassure « je ne pense qu’au moment présent. » Grande, la poignée franche et les yeux pétillants, elle dégage cette énergie et cette assurance que donne le succès. Pleine de vie et d’humour, elle me prévient rapidement « je n’aime pas beaucoup parler de moi ». Pourtant pendant une heure, elle nous révèle le parcours incroyable d’une femme à la détermination exceptionnelle.

    Dernière d’une fratrie de sept enfants, dont six filles, vingt-deux ans la séparent de son aînée. En grandissant, elle passe beaucoup de temps avec ses parents, mais « pour moi, il n’y a jamais eu de génération qui nous séparait. » Bien qu’issu d’une génération où la place de la femme était à côté de son mari, son père, un homme d’affaires, lui insuffle très tôt la force d’aller au bout de ses rêves. « Je savais que mon père nous trouvait toutes intelligentes avec un potentiel énorme. Mes parents démontraient énormément de fierté en nous et cela a développé beaucoup de confiance en chacun d’entre nous. »

    Très jeune, Josée Dixon a le goût de la compétition, mais surtout de la victoire. « Il était particulièrement important pour moi d’être la première en natation. Quand je faisais des compétitions, il fallait que je gagne. À l’école, il fallait que je fasse partie des meilleures. J’aimais ça, gagner. » À neuf ans, ses parents l’emmènent consulter un médecin pour des brûlements d’estomac. Même s’il ne diagnostique pas d’ulcère, le médecin lui recommande d’être plus modérée et lui donne gentiment un conseil qui la marquera : « plus tard, marie-toi à un homme qui s’occupera de toi et qui prendra soin de tes finances, cela t’évitera du stress ». Du haut de ses neuf ans, la petite fille indignée le regarde droit dans les yeux et lui affirme que ce serait la pire chose qui puisse lui arriver et que jamais un homme ne la ferait vivre ! « C’est clair que ce médecin ne me connaissait pas. Ni mon père ! », se rappelle-t-elle en riant.

    Josée Dixon n’aura plus jamais de brûlement d’estomac, mais la phrase de ce médecin restera longtemps gravée dans sa mémoire. Fidèle à ses paroles d’enfant, elle tiendra toujours à rester farouchement autonome. « C’est important d’avoir si tôt la conviction qu’on est capable de réussir sans avoir quelqu’un pour nous aider, c’est vraiment quelque chose qui nous fait voler de nos propres ailes. »

    Audace et détermination

    En grandissant, la jeune fille rêve d’être « médecin pour femmes », mais une expérience malheureuse l’en détourne. Elle finit ses études avec un bac en finance et manifeste alors le désir de travailler dans une banque. « Je trouvais ça sexy » confie-t-elle.

    À 21 ans, après plusieurs entrevues avec une grande banque, elle est sur le point de décrocher son premier emploi, un poste basé à Halifax. C’est alors que son père tombe gravement malade. Un jour, il ne peut s’empêcher de lui dire « Qu’est-ce que je vais faire sans toi l’année prochaine ? ». En allant signer le contrat, Josée Dixon a réfléchi et pris une décision. « Je me suis dit ces gens-là sont humains, je vais leur expliquer la situation et leur demander si je ne pourrais pas être mutée plutôt à Québec où il y avait aussi des postes vacants. » Loin d’être compréhensifs comme elle s’y attendait, l’entretien tourne au fiasco et Josée Dixon comprend rapidement qu’elle n’aura pas le poste dont elle a tant rêvé. Elle sort découragée et inquiète.

    En marchant, elle décide de passer voir sa sœur qui travaille quelques rues plus loin, à la Financière Sun Life. Là, décidée à tenter le tout pour le tout, elle se rend directement au service des ressources humaines, explique qu’elle cherche un emploi le plus rapidement possible…. et ressort avec un contrat ! C’est ainsi que la jeune femme commence à la Sun Life où elle fera une brillante carrière. Pourtant, elle n’y rentre qu’avec une seule idée en tête : quitter le plus rapidement possible. « Non seulement il fallait que j’explique à mes amis que je n’avais pas eu la job à la banque que je voulais tant, mais en plus il fallait que je leur dise que je m’en allais travailler pour une compagnie d’assurance. C’était épouvantable ! Pour moi, c’était juste un tremplin vers quelque chose de beaucoup mieux ».

    Après trois mois comme commis en assurances collectives, elle est en effet à la recherche d’un autre emploi, lorsqu’elle tombe sur une annonce de Chargé de comptes aux garanties collectives pour… la Financière Sun Life. Curieuse, elle postule sans vraiment savoir à quoi cela correspond. Après plusieurs entretiens restés sans réponses, son patron de Montréal finit par lui avouer la raison de ce silence : « tu es jeune, le patron de Toronto s’inquiète que si on t’embauche, tu vas te marier, tu vas avoir des enfants et donc que tu ne seras pas avec nous suffisamment longtemps pour qu’on puisse rentabiliser l’investissement qu’on fera ». Loin de la décourager, cette réponse fait l’effet d’une révélation à Josée Dixon. « Là, je la voulais la job ! Je ne savais même pas ce que c’était, mais je la voulais, et j’allais leur prouver que même si je me mariais, j’allais rester là longtemps. C’était devenu une mission, c’était devenu personnel. »

    Le patron de Toronto estime qu’elle ne devrait pas avoir le poste ? « S’il pense ça de moi, c’est qu’il ne me connaît pas », pense-t-elle. Avec l’audace qui la caractérise, Josée Dixon décide alors de le convaincre du contraire. Elle prend un aller-retour pour la journée, arrive tôt le matin au bureau de Toronto et sans rendez-vous, elle attend qu’il accepte de bien la recevoir dix minutes, le temps de se présenter. « J’ai attendu toute la matinée, il est passé devant moi et il est allé dîner. Il est revenu, là il était rendu assez tard dans l’après-midi et à trois heures je commençais à être inquiète, car mon retour était à six heures et je ne voulais pas le manquer. Enfin, il est sorti. Il m’a dit je te donne cinq minutes ». C’est finalement plus de trente minutes d’entretien qu’ils passeront ensemble avant que ce soit la jeune femme qui l’interrompe pour attraper son vol de retour.

    À Montréal, Christian Nouvet, son patron de l’époque a reçu le feu vert… et un avertissement « Si tu veux l’embaucher, c’est à tes propres risques ». Un risque qu’il choisit de prendre malgré tout. « J’ai été très chanceuse d’avoir cet homme-là pour m’appuyer puisqu’il a eu confiance en moi. Il a vraiment été déterminant dans ma carrière, un vrai mentor. » C’est ainsi que déjouant toutes les prédictions de Toronto, ils seront amenés à travailler ensemble pendant douze ans où ils réfléchiront à offrir les meilleurs services de garanties collectives, que ce soit les assurances vie, les invalidités de courte et longue durées, les soins médicaux et dentaires ou les programmes d’aide aux employés offerts par les employeurs.

    L’enjeu des régimes de retraite

    En 2001, Josée Dixon se retrouve responsable de réanimer une culture de vente du côté des régimes collectifs de retraite. Une époque pleine d’effervescence et de changements. Lourdement en déficit, les régimes de retraite à prestations déterminées pèsent lourdement sur le bilan des organisations. Face à ces enjeux, de nombreux employeurs ont décidé de changer leur régime, laissant la place à des caisses à cotisations déterminées. 

    Ces dernières, présentées comme des solutions de rechange, fixent à l’avance le montant des cotisations versées dans la caisse de retraite, mais la rente varie en fonction des rendements de la caisse, faisant assumer les risques liés à la fluctuation du rendement par les bénéficiaires.

    « Dans une caisse à cotisation déterminée, le fardeau repose sur les épaules des employés. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de voir comment cette évolution a pris sa place avec les employés. Est-ce que les employés sont en meilleure position aujourd’hui par rapport aux investissements qu’ils ont faits qu’auparavant ? Un employeur souhaite toujours s’assurer que ses employés aient suffisamment d’argent lorsqu’ils prennent leur retraite. Notre rôle est donc d’aider les employés à prendre de bonnes décisions et leur donner les médias nécessaires pour les informer, à différents moments de leur carrière. »

    Un changement de poste et des défis qui l’ont stimulé. « C’était absolument merveilleux parce qu’on bâtissait quelque chose, il fallait écrire un autre chapitre et changer notre approche. » L’environnement de travail n’est pas étranger à l’excellent souvenir qu’elle garde de ces années-là « J’étais entourée de femmes qui étaient très fortes au sein de l’organisation, mais aussi dans notre industrie. C’était des femmes intelligentes, qui connaissaient leur domaine et qui ont pris le temps de m’aider et de me coacher. » 

    Récemment, elle accède au poste de vice-présidente régionale, garanties collectives et régimes de retraite. « C’était un rêve pour moi d’être responsable de ces deux lignes d’affaires dans lesquelles j’ai mis tant de passion. »

    Un poste qui vient avec son lot de défis. « En raison d’une concurrence mondiale, une entreprise doit maîtriser ses coûts, être capable de conserver le talent et disposer d’une équipe performante. Les entreprises canadiennes réfléchissent beaucoup à l’évolution de leurs régimes et se tournent vers nous pour avoir les bonnes recettes. Et en même temps, on se tourne vers eux pour parler de la stratégie qu’ils auront, comment ils voient l’évolution de leur équipe, les acquisitions potentielles dans leur industrie et l’impact que cela aura sur les avantages sociaux. »

    Avec l’évolution de la démographie canadienne, les employeurs ont en effet à cœur de rester attrayants, notamment grâce aux avantages qu’ils donnent à leurs employés, et ce pour toutes les générations. « Nos clients sont très préoccupés par l’augmentation des coûts des garanties collectives, mais veulent demeurer concurrentiels dans ce domaine. Or, il faut trouver le moyen de retenir les employés avec des avantages sociaux qui, pour certaines générations, peuvent paraître désuets. Il faut s’adapter à cette nouvelle génération Y qui arrive sur le marché du travail. Elle est beaucoup plus éduquée avec des demandes très précises et des ambitions élevées, mais pour s’informer elle ne veut pas lire de brochure, elle veut être capable de retrouver toute l’information dont elle a besoin avec un téléphone intelligent. Et elle veut des régimes qui répondent à ses besoins uniques et personnels. »

    Femme d’équipe

    Arrivée aux plus hauts sommets, cette femme accomplie a une grande fierté : son équipe. « Une organisation se bâtit sur le capital humain, c’est précieux, c’est ce sur quoi on doit investir beaucoup. » Leader naturelle, elle a réussi à s’entourer de gens qui « ont le goût de gagner ». Avec eux, la communication est libre, sans barrière hiérarchique. « Les gens qui se rapportent à moi se sentiront toujours capables de rentrer dans mon bureau, de me défier, de me proposer quelque chose ou d’aborder un sujet. Pour moi, c’est vraiment précieux. »

    Femme engagée et active dans la communauté, elle siège à plusieurs conseils d’administration. Pour elle, le Cercle canadien de Montréal est une manière de mieux faire connaître les présidents dans la communauté montréalaise, « parce que malgré qu’on soit au Canada, on doit être très fiers de ce qu’on a bâti au Québec. » Toutefois, elle s’anime réellement lorsqu’elle se met à nous parler de son engagement au sein des Grands Ballets canadiens. « J’ai une passion pour les danseurs, leur travail et les athlètes qu’ils sont. J’aime également les gens derrière les Grands ballets. Côtoyer des gens qui ne sont pas nécessairement dans notre domaine, mais qui travaillent également avec passion, cela m’énergise et cela me met le vent dans les voiles. »

    Article paru dans le numéro Octobre-novembre 2012, spécial Ressources humaines

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    2 Commentaires

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