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Christine Lagarde. Crédit : FMI
Par Émilie Bourget
« Pouvoir casser un peu les plafonds, c’est important », soulignait Christine Lagarde en 2010 à La Tribune. Femme d’affaires accomplie, détentrice d’un ministère français pour un temps record, et première femme à la tête du Fonds Monétaire International, son ascension ne semble effectivement pas connaître de limites.
Née en 1956 à Paris, Christine Lagarde est la fille de deux enseignants. Après son baccalauréat français obtenu en 1974, elle obtient une bourse et décide de partir une première fois, durant un an, aux États-Unis grâce à l’association AFS (Vivre Sans Frontière). Elle y retournera ensuite pour effectuer un stage au Capitole, sa première incursion dans l’univers politique. Elle y occupera la fonction d’assistante parlementaire du représentant républicain du Maine, William S. Cohen, qui deviendra ensuite secrétaire à la Défense sous la présidence de Bill Clinton.
Une fois rentrée en France, elle poursuit ses études universitaires. Malgré un diplôme de l’Institut politique d’Aix-en-Provence et une préparation à l’ENA de Sciences Po Paris, elle ne sera pas admise à l’ENA. Sportive et ancienne championne de natation synchronisée, elle saura composer avec cette défaite dans un parcours autrement sans faille. « La réussite n’est jamais acquise. C’est un combat perpétuel », expliquera-t-elle plus tard en entrevue à La Tribune. La jeune femme obtient néanmoins une maîtrise d’anglais, du droit des affaires de même qu’un DES de droit social puis devient avocate au barreau de Paris.
Femme d’affaires au toucher de Midas
Elle intègre le bureau parisien du prestigieux cabinet mondial d’avocats Baker & McKenzie en 1981, comme avocate en droit du travail et de la concurrence. En 25 ans de carrière, elle en gravira tous les échelons : d’abord associée du bureau parisien en 1987, elle devient associée gérante en 1991, puis membre du comité exécutif mondial à Chicago en 1995, avant d’accéder à la présidence de ce comité et du cabinet Baker & McKenzie à partir de 1999. Elle occupe ce poste jusqu’en 2004. Durant sa présidence, le cabinet augmente son chiffre d’affaires de 50 % pour clôturer l’exercice 2004 à 1 228 millions de dollars américains.
Sa brillante carrière de femme d’affaires ne l’éloigne pas pour autant de la politique internationale. Entre 1995 et 2002, elle s’investit au sein du think tank Center for Strategic and International Studies (CSIS). Elle y co-préside, aux côtés de Zbigniew Brzezinski, la commission Action USA-UE-Pologne et se penche plus particulièrement sur le travail du groupe Industries de défense USA-Pologne. Elle adhère à la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique l’année suivante.
En avril 2005, elle entre au conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING Group, une des principales sociétés financières au monde. Elle quitte ce siège au moment de son entrée en politique, la même année. Son départ du cabinet d’avocats Baker & Mackenzie l’amène à troquer un salaire annuel de 800 000 euros contre une rémunération oscillant entre 11 000 et 13 000 euros par mois, et à renoncer à une retraite faramineuse de près de deux millions de dollars qu’elle aurait pu réclamer après deux ans supplémentaires au sein du cabinet. Mme Lagarde a allégué renoncer à ces sommes de son plein gré, dans la perspective de servir la France.
Une vie (politique) bien remplie
C’est comme ministre déléguée au Commerce extérieur du gouvernement de Dominique de Villepin que Christine Lagarde fait son entrée en politique.
Nicolas Sarkozy lui attribue un ministère après sa prise de pouvoir, en 2007. Durant les mois de mai et juin, elle sera ministre de l’Agriculture et de la Pêche avant de devenir ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi lors du premier remaniement gouvernemental, en juin 2007. Elle est la première femme à occuper ce poste dans un pays du G8. Elle y restera quatre ans, un record de longévité sous la cinquième République. Elle se verra confier la mission de mettre en place des réformes économiques, entre autres pour « rendre le travail payant ». Elle fait alors voter deux lois marquantes : la loi Travail, Emploi et Pouvoir d’Achat (TEPA) et la loi de Modernisation de l’Economie (LME). Elle mène à bien la réforme du crédit à la consommation dans le but de limiter le surendettement des ménages.
Le climat de crise économique lui permet de s’illustrer à l’international. Notamment en favorisant la solidarité européenne pour résoudre la situation économique critique en Grèce et en exigeant des réformes de la part d’Athènes. Elle préside le conseil Ecofin en 2008, tout en s’investissant régulièrement au sein des réunions du G20. En novembre 2009, elle est désignée ministre des Finances « de l’année » par un jury du quotidien britannique Financial Times, qui la qualifie de « star parmi les décideurs politiques de la finance mondiale », et salue les mesures qu’elle avait adoptées afin de contrer la crise. Depuis, elle occupe régulièrement une place dans les palmarès des personnalités les plus influentes au monde.
Après un parcours du combattant lui ayant imposé de jongler avec de tels enjeux économiques, la transition de Mme Lagarde à la tête du Fonds Monétaire International semble couler de source. Le 28 juin 2011, Christine Lagarde est nommée par le conseil d’administration directrice générale du FMI, après l’affaire DSK. Elle entre en fonction le 5 juillet 2011 pour un mandat de cinq ans. Elle est la première femme à occuper ce poste de façon permanente.
Sa mission demeure en ligne directe avec son précédent mandat au ministère français des Finances. Mme Lagarde conserve donc la même philosophie pour lutter contre la crise, maintenant à plus grande échelle. Immédiatement après son arrivée à la barre du Fonds Monétaire International, Christine Lagarde s’est appliquée à la vaste question de la résolution de la crise financière mondiale. La situation de crise, en vertu de sa gravité et de son ampleur, a monopolisé en grande partie les efforts de Mme Lagarde. Restaurer la santé du système financier n’est pas un mandat simple, mais c’est pourtant celui que la directrice du FMI s’est donné. À cette fin, elle a mis de l’avant différentes idées depuis sa prise de pouvoir. Dans le but de consolider le système financier, elle propose une amélioration des outils de gestion de crise ainsi que la poursuite des réformes économiques dans les pays affectés par la crise.
Elle a également demandé à l’Union européenne de recapitaliser les banques, une décision qui a été pour le moins controversée en période d’instabilité boursière. Christine Lagarde a également cherché à mobiliser les grandes institutions financières dans la recherche, mais surtout la mise en pratique, de solutions. Elle a, par exemple, incité la Banque centrale européenne (BCE) à reprendre son programme de rachat des titres de dette, dans le cadre du plan de sauvetage de la Grèce et du Portugal, particulièrement affectés par la crise.
Même si, le 6 juillet dernier, le FMI revoyait le pronostic de croissance de l’économie mondiale à la baisse, les nouveaux dons promis par différents pays du G20 permettront plausiblement au FMI de s’attaquer, avec une vigueur renouvelée, aux problèmes de l’endettement et à ceux engendrés par la crise financière. Si ces fonds sont bien versés, cela élèvera les contributions des États membres à 456 milliards de dollars américains, ce qui donnera une plus grande marge de manœuvre au FMI.
Elle apporte en outre une touche personnelle à la gestion du FMI : non seulement plaide-t-elle pour une fiscalité plus écologique visant à responsabiliser les pollueurs, mais elle cherche aussi à contribuer à la cause des femmes. Elle déclarait au magazine allemand Brigitte, après son entrée en fonction, qu’elle désirait faire progresser de 20 à 30 % la proportion de femmes au sein du FMI.
La femme derrière…
Qui est la femme derrière l’ancienne ministre et actuellement directrice du FMI ? Cette mère de deux fils, maintenant adultes, demeure plutôt discrète sur sa vie personnelle, partagée loin des projecteurs avec son compagnon, le chef d’entreprise marseillais Xavier Giocanti.
Christine Lagarde a toutefois délivré à L’Express quelques pensées cardinales qui ont guidé sa vie. « Ne promettez pas trop, faites le maximum », affirmait-elle, révélant son pragmatisme et son mode de pensée positive, tirée de son expérience américaine. Pour la réussite en tant qu’entrepreneur, il n’y a qu’un seul secret : l’audace. Elle recommande, à l’instar de ses entraîneurs de ballet aquatique, de « serrer les dents et sourire » en composant habilement avec les épreuves. Christine Lagarde soutient que « les femmes sont comme les sachets de thé, elles révèlent leurs forces quand on les plonge dans l’eau ». Fort possiblement une référence aux bassins où elle exprimait ses talents de nageuse, mais plus vraisemblablement aux positions de premier plan qui ont parfois mis en eau parfois bouillante et trouble cette femme d’affaires accomplie.
Article paru dans le numéro août-septembre 2012, spécial Finance





1 Commentaire
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