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L’investissement socialement responsable devient un incontournable du marché boursier
Par Daphnée Hacker
Dans le monde de la Bourse, rien n’est immuable. Et même dans un contexte où les grands investisseurs privilégient la rentabilité à court terme et que la volatilité caractérise encore les marchés, une nouvelle façon de concevoir l’investissement semble faire son chemin. Pour de nombreux analystes, il est maintenant de plus en plus reconnu qu’une meilleure performance sociale ou environnementale influence positivement le rendement financier à long terme.
Pour traverser plus facilement les temps boursiers difficiles, une avenue possible se présente avec l’investissement socialement responsable (ISR). C’est du moins ce que suggèrent les adhérents à cette vision du marché boursier où la prise en compte des critères extra financiers permet d’assurer le meilleur rendement possible à long terme. De grands investisseurs institutionnels (fonds de pension, entreprises d’assurances, fonds communs de placement, etc.) tendent ainsi à intégrer progressivement l’analyse des risques sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance à leur placement.
Un lent changement des mentalités
Selon plusieurs experts, les mécanismes du marché Boursier sont appelés à changer puisque l’investissement socialement responsable, qui existe pourtant depuis plus de deux décennies, devient peu à peu un incontournable. Afin de bien saisir en quoi consiste réellement ce changement de mentalité, il faut d’abord comprendre les mécanismes de base qui régissent actuellement la Bourse. Qu’on soit un expert ou un simple amateur, un point crucial à saisir est que le cours de la Bourse est la résultante d’achats et de ventes de titres de propriété (action) dont la valeur varie en fonction de l’offre et la demande. Dans ce contexte, les investisseurs et les sociétés inscrites en Bourse ont tout intérêt à ce que le cours de leurs actions demeure élevé.
Rappelons que lorsqu’une entreprise s’inscrit en Bourse, c’est parce qu’elle vise l’expansion, l’augmentation de sa liquidité et de sa crédibilité pour des financements bancaires futurs. Comme le souligne Mathieu Johnson, analyste au cabinet de conseil en management SECOR, l’inscription en Bourse représente un processus laborieux qui doit en valoir le coût. « Il y a entre autres les coûts reliés à la réglementation, à la reddition de comptes ainsi que les exigences en matière de divulgation de stratégie ». L’analyste ajoute : « Pour les actionnaires, l’objectif est évidemment de faire fructifier leur capital de manière à ce qu’il rapporte plus qu’un placement sécuritaire ».
Bref, tout le monde doit y trouver son compte. Toutefois, les tendances actuelles de la Bourse ne semblent pas permettre à tous les acteurs du marché de tirer des bénéfices intéressants. Selon Michel Gervais, représentant en épargnes collectives, il y a un problème criant dans la gestion boursière. « Aujourd’hui il y a des sites Internet qui garantissent l’exécution d’une transaction à l’intérieur d’une seconde », explique-t-il. Ces transactions très rapides entraînent les investisseurs à ne se soucier que du rendement à très court terme, sans se préoccuper de l’entreprise dans laquelle ils investissent.
M. Gervais croit qu’il faut sortir de cette mentalité de gambling qui régit encore la majorité de la sphère financière, et ce, presque quatre ans après la grave crise financière qui a heurté de plein fouet les marchés boursiers internationaux. « Si l’on désire protéger le capital et minimiser les risques sur le portefeuille, il faut prioriser les investissements à long terme d’entreprises et de gestionnaires de qualité », soutient M. Gervais. La formule a beau être d’une logique élémentaire, encore faut-il que les directions d’entreprise et les investisseurs aient la conviction et la discipline nécessaire pour l’appliquer.
Du même avis, Olivier Gamache, président-directeur-général du Groupe Investissement Responsable (GIR), croit qu’il est temps que la situation de volatilité et de court-termisme cesse. La clé selon lui réside dans l’investissement socialement responsable (ISR), qui permet la mutation d’une logique de court terme à l’anticipation des risques sociaux et environnementaux liés à la gouvernance de l’entreprise.
Un comportement responsable pour un investissement rentable
Dans un contexte de grande volatilité de marché, de plus en plus de grands investisseurs désirent intégrer l’analyse des risques extra financiers à l’évaluation de leurs placements. Lors d’une conférence sur l’ISR au mois de juin dernier à Montréal, le chef des placements à la Caisse de dépôt et placement du Québec, Roland Lescure, affirmait que l’application de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) permet une meilleure sélection de titres.
Michel Gervais considère qu’on ne dispose pas encore de mesure précise des gains obtenus grâce à l’lSR. Il ajoute que certains fonds éthiques affichent parfois des performances inférieures aux fonds traditionnels, sinon semblables.
Olivier Gamache rétorque que les fonds « verts » ont des impacts positifs qui ne sont pas facilement quantifiables, tels que l’impact sur les changements climatiques, mais qui affectent forcément la performance sur de plus longues périodes. Le cas de British Petroleum et du désastre environnemental causé par l’explosion de l’une de leur plateforme dans le Golfe du Mexique est un exemple de risque extra financier qui nuit gravement au rendement.
La société de consultants Mercer a répertorié 36 études qui examinent l’impact de l’intégration des critères ESG sur le rendement. De ces études produites dans les dernières années, 20 ont démontré un impact positif, 13 ont indiqué un impact neutre et trois seulement ont montré un impact négatif.
Des fonds éthiques remis en question
« L’intégration des ESG encourage activement les entreprises à changer de comportement », lance le p.-d.g. du GIR. Ainsi, même si plusieurs fonds dits « éthiques » investissent dans des entreprises pétrolières et gazières, il y a moyen d’investir de manière responsable tout en assurant la « diversité du portefeuille ». Selon M. Gamache, les fonds éthiques permettent l’utilisation du droit d’actionnaire pour entamer des discussions avec ces sociétés, réclamer des études d’impact environnemental ou social, l’adhésion à des normes plus contraignantes ainsi qu’une meilleure transparence.
De nombreux environnementalistes pourraient effectivement s’indigner de voir des fonds ISR tels que les Fonds Desjardins investir dans des compagnies comme Suncor, active dans les sables bitumineux et Talisman Energy, qui désire exploiter les gaz de schiste au Québec. En réponse à ces critiques, M. Gamache insiste sur le fait qu’investir de manière responsable consiste avant tout à placer son capital dans la meilleure gouvernance d’un secteur. L’ISR reste, selon lui, l’un des leviers les plus efficaces pour faire progresser le domaine social, environnemental tout en participant à augmenter la qualité du marché boursier dans sa globalité.





7 Commentaires
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Bonjour Daphnée,
Vous trouvez le changement des mentalités lent ? Si l’ISR fait ses preuves, il pourrait être intégré rapidement comme un indicateur fiable dans les stratégie des traders. Ce type d’investissement responsable semble prométeur car il accompagne le mouvement des spéculations contrairement au projet de loi TOBIN qui risque freiner ou de dévier les flux d’échanges boursiers.
Longue vie au trading socialement responsable ! (et à http://PremieresEnAffaires.com/ bien sûr ! ;-)
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